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Par Seda Toksöy
Ces dernières années dans les grandes villes principalement, Noël est, tout au moins apparemment, entré dans la vie de beaucoup de Turcs non chrétiens. Des familles dont la carte d'identité indique qu'elles sont musulmanes vont acheter des arbres prévus à cet effet, et reviennent les bras chargés de guirlandes et de décorations dont les centres commerciaux regorgent. Les arbres une fois parés donnent un air de fête qui se prolonge jusqu'aux premiers jours de l'année nouvelle. Cette récente coutume paraît bien sûr étrange à certains qui la trouve passablement "nouvelle vogue". En décorant leur sapin bon nombre ne sait pas que cette habitude est un rituel chrétien qui remonte loin dans le temps. L'origine se trouve sur les terres anatoliennes, comme beaucoup d'autres figures et rites mythologiques encore bien vivants de la chrétienté.
D'un jeune éphèbe au sapin: une histoire d'amour tragique
L'incorrigible Zeus s'amouracha de Cybèle et ne pouvant la séduire, il déposa sa semence dans la roche sur laquelle on adorait la déesse. De cette semence naquit l'hermaphrodite Agditis. Dionysos enivrant celui-ci, l'émascula. Le sexe d'Agditis devint un amandier. Des fruits de l'arbre, la fille du fleuve Sangrios (aujourd'hui Sakarya) tomba enceinte et donna naissance à Attis. Cet enfant des dieux était d'une beauté telle que Cybèle et Agdatis en tombèrent tous deux passionnément amoureux. Comme il l'avait déjà fait pour Agdatis, Dionysos rendit fou le jeune Attis qui mourut sous un sapin en se castrant. La déesse Cybèle l'enterra là même. Son corps était si beau qu'elle supplia Zeus de lui laisser éternelle cette beauté. Zeus accédant ainsi à son souhait, Attis put continuer à vivre dans le sapin. Cet arbre symbolise soit la réincarnation d'Attis, soit le phallus du dieu. Dans beaucoup de cultures, le sapin est un symbole de grande importance. Ses racines profondes représentent le monde souterrain, le tronc ; notre monde, les branches s'élevant au ciel; la rigueur des dieux. En fait, il représente tous les niveaux de l'existence. Aussi le cycle saisonnier; en apparence, mort mais renaissant pour donner fleurs et fruits, ce qui rappellent aux humains la dualité vie-mort, stérilité-fertilité. Ce n'est pas une coïncidence si un être éblouissant tel qu'Attis ai été immortalisé.
Ce mythe explique dans le culte de Cybèle, la rigueur des rites de castration de ses prêtres en transe, en un sens l'origine de la première circoncision. Le tronc de sapin offert au temple de Cybèle était probablement décoré de reproductions du sexe peint et brillant des prêtres castrés. Les trois premiers siècles après Jésus, Noël ne fut pas fêté. C'est seulement au 4ème siècle après de longues discussions qu'il fut adopté. Le 25 décembre, renaissance mythologique d'Attis, est proche de l'équinoxe d'hiver. La coutume de décorer un sapin à Noël est empruntée, comme on l'a dit au culte des prêtres de Cybèle de l'époque romaine.
Qui est Saint-Nicolas que les turcs appellent «Noel Baba»?
Ce cher Saint-Nicolas né au milieu du 4ème siècle en Lycie à Patara, ville voisine de Demre, était archevêque. Après sa mort il fut consacré Saint Protecteur des marins, commerçants, boulangers et de l'Empire russe, mais d'abord celui des enfants qu'il aimait plus que tout. D‘après la légende, les immenses poches de sa robe, qu'il avait fait coudre tout particulièrement, étaient remplies de bonbons qu'il distribuait à tous les enfants qu'il rencontrait. Mais en dehors de son amour pour les humains, il possédait des dons miraculeux de guérisseur. Sa réputation dépassa Myra et bien après sa mort, son église est toujours remplie de personnes qui espèrent une guérison. Les responsables de l'église vendent aux visiteurs de petites bouteilles d'huile reconstituante de «myrrhe», d'où l'origine du nom Myra. Un sympathique village méditerranéen au milieu de serres: Demre, petite mais importante agglomération du sud-ouest situé à 48 km de la fameuse ville estivale Ka?. Autrefois appelée Myra, elle était dans l'antiquité l'une des villes les plus importantes de la Lycie antique. Comme beaucoup d'endroits en Anatolie le passé et le présent s'y côtoient. Un important amphithéâtre adossé simplement au pied de la montagne, des tombes rupestres, aussi l'église Saint-Nicolas, les serres et les maisons du village entremêlées. Myra est le témoignage bien réel des différentes pages de l'histoire. Le souvenir de Saint-Nicolas reste encore intact dans le cœur de tous, ce que l'on ne pourrait pas dire de son corps physique et de l'état de l'église. Celle-i a subit des tremblements de terre, restaurée elle fut de nouveau détruite lors de l'invasion arabe, elle pris finalement son aspect actuel grâce aux restaurations entreprises par le gouvernement turc dans les années 60.
Au 11ème siècle des commerçants de Bari s'emparèrent des reliques du Saint, pour les emporter dans leur pays et firent construire dessus de très importantes églises de pèlerinage. Venez respirer à pleins poumons l'air doux de Demre, vous vous sentirez proche de St. Nicolas, car son âme y est toujours présente.
Qui était Cybèle?
L'Anatolie, où furent retrouvées les ruines d'anciennes civilisations, est la région souveraine du culte de la «Mère Déesse» qui a supplanté au Panthéon les multiples dieux et déesses. Vous pourrez voir dans les musées les premières représentations de cette déesse dont le corps ressemble à celui de la femme classique turque. Avec de lourdes hanches incarnant la fécondité, elle est assise sur un trône entourée d'animaux symbolisant la force. Un de ses premiers noms était Hepat, puis les Hittites, ayant construit leurs temples sur les sommets, ajoutèrent à ce mot le préfixe «kub» qui signifie hauteur, et le nom devint Kuphepa (Kutaba). Une autre civilisation, les Phrygiens, lui donna le nom de Kybele (Cybèle). Sa silhouette peu à peu s'affine et ressemble d'avantage au type des femmes «minces» actuelles (genre de celles que l'on rencontre dans le centre commercial d'Akmerkez) plutôt qu'à la femme des milieux ruraux. Bien que toujours respectée, elle a perdu son aspect «hyper maternelle» pour devenir l'image d'une femme contemporaine, active et énergique, bien ancrée dans la vie. Si l'on veut l'exprimer plus librement l'image de la femme d'affaires moderne ayant un rôle important dans la vie sociale. Elle continua sa métamorphose et comme Artémis originaire du proche orient, suivit son existence sous différentes configurations. L'anatolienne Cybèle, Artémis et la déesse égyptienne Isis sont manifestement confondues. Dans la version originale, Artémis comme protectrice d'Ephèse (la ville la plus importante des grecs après leur intégration avec les peuples anatoliens): Artémis Ephesia, est une déesse dont l'aspect est très différent de l'hyperactive Artémis courant de droite à gauche dans la forêt. Bien solide sur ses jambes, ne se contentant pas de porter dans son sein la nature sauvage et les étoiles, elle porte sur sa tête la ville dont elle est la protectrice. Les racines de son culte sont profondes et son temple, une des sept merveilles du monde, fut construit à Ephèse. N'est-il pas intéressant de le trouver à seulement quelques kilomètres de l'église de la Vierge Marie, lieu de pèlerinage de la chrétienté?
Au cours de l'histoire, l'être humain n'est jamais passé d'une case à l'autre, dans ses croyances, comme un pion de jeu d'échec. Certains faits anciens modifiés avec le temps, demeurent sous une forme nouvelle. Il fut presque impossible de persuader les habitants d'Ephèse de ne plus construire de temples pour leur déesse. Qui peut savoir si ainsi l'Artémis d'Ephèse n'a pas été associée à la plus part des qualités de la Vierge Marie. Dans les jardins de l'église, les eaux aux vertus curatives et la source miraculeuse pourraient être comparées aux nymphes, figures païennes du culte de l'eau, proches compagnes d'Artémis. Car avec le temps la Vierge marie fut assimilée aux eaux salvatrices et sacrées. De nouveau Joyeux Noël!.
A propos de Seda Toksoy...
Ne se contentant pas uniquement des domaines de l'esprit, c'est une nomade allant son chemin. A enrichie sa vie d'expériences vécues, voyages et relations. Des études de tourisme, une longue expérience de guide. Aujourd'hui encore écrit et vit de sa plume. Editrice et traductrice...en quelques mots voici Seda!
Note mymerhaba
Faites dès à présent un petit tour virtuel en avant goût de votre séjour si vous devez fêter Noël en Turquie. Programme préparé par le Ministère turc de la Culture et du Tourisme. Cliquer l'adresse suivante :
Eglise du Père Noel
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